Pas de changement brutal dans le ciblage de l’aide sociale directe. Le gouvernement compte maintenir, dans l’immédiat, le système actuel d’évaluation des ménages, tout en préparant une révision progressive de certains critères jugés susceptibles de produire des situations injustes.
S’exprimant vendredi devant la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants, Fouzi Lekjaa a confirmé que l’indice actuellement utilisé resterait en vigueur pour l’heure. Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique a toutefois reconnu la nécessité de corriger plusieurs paramètres du dispositif.
Les recharges téléphoniques dans le viseur
Parmi les situations pointées figurent celles de ménages ayant perdu leur éligibilité après une évolution de leur indice liée à certaines dépenses, notamment l’utilisation ou la recharge du téléphone portable.
Le système actuel repose sur plusieurs données destinées à approcher le niveau de vie du foyer. Revenus, conditions de logement, consommation, équipements ou encore dépenses de télécommunication peuvent ainsi entrer dans l’évaluation socio-économique.
Cette méthode permet d’automatiser le ciblage, mais peut aussi produire des effets contestés lorsque certaines dépenses ponctuelles font franchir au ménage le seuil d’éligibilité.
Lekjaa a indiqué que les paramètres susceptibles d’avoir un impact important sur le calcul de l’indice seraient examinés rapidement. L’objectif est de traiter les situations manifestement problématiques sans attendre la réforme globale du système.
Pas de suppression immédiate de l’indice
Le gouvernement ne prévoit donc pas d’abandonner à court terme le mécanisme actuel. Les ajustements devraient intervenir progressivement afin d’éviter une rupture dans le versement des aides et de préserver la continuité du dispositif.
Cette approche permet également à l’Exécutif d’évaluer plus précisément les effets du système avant d’engager une transformation plus profonde de la méthode de ciblage.
Fouzi Lekjaa a indiqué qu’une vision plus complète de cette réforme serait présentée ultérieurement, après l’examen des données disponibles et des difficultés constatées depuis le lancement de l’aide sociale directe.
Vers un ciblage fondé sur les revenus
À terme, le gouvernement souhaite toutefois revoir en profondeur les critères d’éligibilité. La piste avancée consiste à accorder davantage de poids aux revenus réels des ménages, plutôt qu’à une combinaison d’indicateurs de consommation et de niveau de vie.
Cette évolution pourrait intervenir progressivement au cours du mandat gouvernemental. Elle vise à mieux identifier les foyers qui ont réellement besoin du soutien public et à réduire les cas d’exclusion liés à des paramètres considérés comme insuffisamment représentatifs de leur situation financière.
Le chantier s’annonce toutefois complexe. Un ciblage davantage fondé sur les revenus suppose de disposer de données fiables et actualisées, notamment pour les ménages dont les ressources proviennent du secteur informel ou restent difficiles à mesurer.
Le gouvernement cherche ainsi à avancer sur deux fronts. À court terme, il entend corriger les anomalies les plus visibles du système actuel. À moyen terme, il prépare une nouvelle méthode de ciblage centrée davantage sur la capacité financière réelle des ménages.


